Les mangas d’Aya Kanno

Le site est en train de subir de nombreuses modifications dans sa structure, et nous réfléchissons à la meilleure manière d’en présenter le contenu. Parallèlement à cela, les lectures de livre et rédactions d’articles avancent. Mais comme toujours, les choses prennent du temps… Dans ce genre de période, nous mettrons à jour Deux-Esprits.free.fr avec des articles plus « légers », d’une certaine manière, mais qui continuent à aborder le sujet qui nous intéresse. On inaugure donc notre section « Bonus » en vous présentant le travail très singulier d’une dessinatrice de BD japonaise : Aya Kanno.

Son oeuvre phare, intitulée Otomen, nous avait bien mis la puce à l’oreille… Ce manga raconte l’histoire de garçons efféminés, qui s’intéressent à la couture, sont particulièrement doués en maquillage ou en cuisine, mais qui n’en restent pas moins viril et doués en arts-martiaux. Tout au long de cette série, la dessinatrice se plaît à décrire le quotidien pas si ordinaire de ses otomen (= fémimen), ces hommes qui sont capables de faire preuve d’autant de virilité que de sensibilité. Tout est traité sur le ton de l’humour, et doit donc être pris pour ce que c’est : une oeuvre d’abord de divertissement. Il n’empêche qu’on remarque la très faible présence féminine dans cette oeuvre, mais surtout que la dessinatrice a imaginé toute une fraternité d’hommes féminins, qui se réconfortent les uns les autres… Simple coïncidence ou véritable inspiration ?

Pour répondre à cette question, et comprendre qu’il ne s’agit peut-être pas tout à fait d’un hasard, il faut remonter un peu plus loin dans la carrière de la dessinatrice… En effet, en 2004, elle a publié deux recueil de nouvelles, dont la thématique centrale est le « Shinsengumi ». Le Shinsengumi est un regroupement de samouraïs qui, lors de l’invasion des Américains au Japon, refusèrent de cautionner le nouveau gouvernement qui faisait des concessions avec l’envahisseur outre-pacifique. Héritiers de la voie du bushido, ils luttèrent pour restaurer l’honneur d’un Japon perdu jusqu’à la mort de leur leader, le 11 mai 1869. A travers quatre histoires, publiées en deux recueils, Aya Kanno met en scène certains membres du shinsengumi, certains samouraïs qui ont véritablement existé. Dans Corps et âme, la dessinatrice s’attarde notamment sur trois guerriers, et la manière ils se sont admirés mutuellement jusque dans leur mort, leur sacrifice. Car pour des samouraïs, il n’y a pas d’acte d’amour plus pur que celui d’un homme qui se sacrifie pour ses frères. Admiration, sublimation de la mort, qui est présentée comme une véritable sublimation, un accomplissement héroïque et inévitable pour le guerrier, prêt à tout pour protéger ses frères.

Bien avant même, elle mettait déjà en scène une drôle de fraternité : cinq jeunes hommes, qui ne sont pas liés par le sang, se considèrent comme des frères et tiennent la boutique de fleurs de leur défunt père adoptif. Tout au long des deux tomes Kokoro ni Hana wo ! (non disponible en français), nous suivons donc les tribulations de groupe de jeunes hommes passionnés des fleurs… Au-delà de l’aspect fraternel de personnages sensibles  aux fleurs mais non liés par le sang, ce qui est véritablement intriguant, c’est la traduction du titre. A savoir, littéralement, « Faisons fleurir des fleurs dans le coeur ! ». Quand on connaît le sens très initiatique que peut prendre cette expression dans un certain contexte, on ne peut s’empêcher d’être troublé… Car sans aucun doute – et cela en est une preuve supplémentaire – sans le savoir, Aya Kanno effleure avec ses différentes BD un sujet profondément sacré et essentiel, précisément celui qui nous intéresse ici.

Conclusion : le travail d’Aya Kanno dénote d’une évidence, celle qu’au Japon (et vraisemblablement dans toute l’Asie mais sous des formes variées), le concept d’hommes efféminés, mais surtout de la voie de fraternité, semble bien présent dans l’imaginaire populaire mais surtout l’histoire et la culture. Nous reviendrons évidemment sur tout cela, de manière plus approfondie… En attendant, les BD d’Aya Kanno seront de très belles introductions à ce sujet auprès de jeunes lecteurs. On recommande surtout Corps & Âmes.

A voir à ce sujet : des extraits des mangas d’Aya Kanno lisibles gratuitement sur internet… Ou plus d’infos sur le Shinsengumi.

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