Celui qui a deux âmes, de Fabrice Luang-Vija & Phuong Mai Nguyen

Fiche technique :celui-deux-ames

Titre : Celui qui a deux âmes

Réalisé par Fabrice Luang-Vija

Auteur graphique : Phuong Mai Nguyen

D’après le « conte » de Néfissa Bénouniche

Diffusé pour la première fois sur Arte le 8 avril 2016

C’est l’histoire d’un esquimau… Un esquimau aussi beau qu’un homme, et aussi beau qu’une femme, qui savait aussi bien chasser que coudre, et qui ne savait pas quoi choisir… et c’était bien, pour lui ! Jusqu’à ce que ce pose la question du choix du partenaire de vie…

Voilà. En trois lignes, on peut résumer le pitch simple de ce court métrage d’animation (et tiré d’un « conte audio »), qui commençait pourtant très bien… Mais en quelques secondes, le doute s’installe. Et puis, au fil des minutes qui passent, tout espoir de se retrouver avec un conte véritablement porteur de la nature « Two-Spirits » s’amenuise. Car la finalité de cette histoire nous ramène violemment dans une « double normalité sexuelle et terre à terre ». D’abord en nous présentant un être humain dont l’épanouissement doit forcément passer par « l’accouplement ». Et ensuite en nous présentant un « mâle » (pseudo « Two-Spirits »), qui doit finalement forcément se mettre en couple avec une « femelle ». Échec critique ! On passe doublement à côté de l’essence même de la nature profondément spirituelle des Two-Spirits (en réduisant uniquement ce concept à des questionnements d’épanouissement charnel), et pire encore, de l’union finale décrite dans le conte/court métrage naît la graine de la pire dualité : celle d’un duo de nature spirituellement incompatible, qui fait renaître la division là où elle n’existe pourtant pas à l’origine ! Une seule question se pose : lequel phagocytera l’autre ?

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Le tout est saupoudré d’une dose d’appropriation culturelle (et sans maîtrise) des traditions inuits… Le néo-colonialisme culturel n’a pas fini de faire des dégâts ! Pire passage de l’ensemble, la réplique sur la mère qui, telle une gamine, est ravie d’entendre son fils rire « comme un homme » (à comprendre, parce qu’enfin il couche avec une femme……). Pourtant, dans les cultures autochtones, les anciens ne sont-ils pas porteurs de la tradition ? Cette mère-là, précisément, devrait surtout se réjouir d’avoir un fils unique, capable de dépasser l’ordre naturel.

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Pourquoi choisir ? Le fait de « choisir un partenaire », c’est l’erreur. La nature profonde du Two Spirits est dans la fluctuation, dans l’unité des principes opposés. Le choix est inutile, pire même : hors-sujet, aliénant et contre sa nature. Du reste, le choix (justement !) de la traduction du terme « Two-Spirits » par « Deux-Âmes » peut laisser perplexe, et montre bien, dans le fond, que la rédactrice du conte d’origine ne maîtrise pas son sujet. Moralité : copie à revoir, pour ce conte qui se donne des faux-airs pour finalement nous ramener brutalement à une morale judéo-chrétienne de « normalité ».

Conclusion : en tant que court métrage d’animation, et d’un point de vue purement technique et d’ambiance, Celui qui avait deux âmes est très clairement réussi. Rien à dire, à ce niveau, ce n’est de toute façon pas le sujet de notre site… Mais le fond de l’histoire est à revoir complètement, car profondément irrespectueux des traditions qu’il évoque, et finalement très pompeux ! Mais du coup, c’est vraisemblablement le « matériel de base » qui est à remettre en cause (à savoir, un faux-conte vaguement inspiré…).

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